Les Tambours De Pern | Chapter 15 of 21 - Part: 1 of 7

Author: Anne McCaffrey | Submitted by: Maria Garcia | 33092 Views | Add a Review

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CHAPITRE VII

Sebell ne s’était pas vraiment inquiété pour Piemur pendant toute la journée du rassemblement, se promenant, parfois en titubant, et jouant son rôle de berger pris de boisson. Quand la rumeur traversa la foule que lord Meron allait venir sur le rassemblement, il n’eut pas le temps de se mettre à la recherche de son apprenti et dut se concentrer sur les murmures au sujet de lord Meron et de la générosité dont il faisait preuve avec des œufs de lézards-de-feu qui ne donnaient naissance qu’à des verts.

Si l’allure de lord Meron démentait les rumeurs selon lesquelles l’homme était mort ou mourant, les yeux perçants de Sebell remarquèrent que le seigneur du fort avait besoin du support des deux hommes qui marchaient à ses côtés en lui tenant les bras. Des héritiers, entendit-il murmurer sur un ton lugubre et dégoûté.

Lorsque la viande grillée fut découpée pour être distribuée à la foule du rassemblement, Sebell se mit vraiment à la recherche de Piemur. Le garçon ne manquerait certainement pas une distribution de viande gratuite aux frais de lord Meron. Non pas que les bêtes fussent bien savoureuses, c’était probablement les plus vieilles créatures des troupeaux du fort, se dit-il en mastiquant interminablement sa part. Il s’était placé à une table à la périphérie du carré formé par le rassemblement, à un endroit où Piemur ne pouvait manquer de le voir.

Lorsque les danses débutèrent, Sebell commença à s’inquiéter. N’ton reviendrait les chercher à la nuit noire, et il ne voulait pas imposer une attente au chevalier-bronze, pas plus que lui demander de revenir plus tard.

C’est alors qu’il se demanda si Piemur ne s’était pas fourré dans quelque ennui qui l’aurait peut-être contraint à quitter l’aire du rassemblement. Mais, si Piemur avait eu des ennuis, il aurait probablement trouvé le moyen d’appeler Sebell à la rescousse. Peut-être ne s’était-il qu’éclipsé pour une petite sieste. Il s’était levé de bonne heure et pouvait ne pas être complètement remis de sa chute. Sebell envoya Kimi faire un tour du rassemblement pour voir si elle pouvait localiser le garçon, mais elle revint en piaillant avec inquiétude, ne l’ayant pas trouvé. Il l’envoya alors à leur stand, au cas où Piemur y serait allé. Lorsque cette tentative ne donna pas non plus de résultat, Sebell s’appropria le premier coursier d’allure rapide qui lui tomba sous la main dans la rangée attachée aux piquets et se dirigea vers leur lieu de rencontre originel, au cas où Piemur y serait retourné pour l’attendre ainsi que N’ton.

Bien que Sebell eût soigneusement fouillé la vallée, il ne trouva pas trace de son jeune ami. Il dut admettre que quelque chose était bel et bien arrivé. Il ne pouvait imaginer quoi, ni pourquoi Piemur, ou qui que ce soit que le gamin eût rencontré, ne l’avait pas fait chercher alors qu’il était son maître.

Il revint en vitesse au fort, rattacha la monture qu’il avait empruntée et regagna le rassemblement juste au moment où la nouvelle du vol de l’œuf de reine se répandait dans la foule. Cette nouvelle suscitait des sentiments mitigés ; de la colère de la part de ceux qui avaient reçu des œufs inférieurs, et de l’amusement à l’idée que quelqu’un avait été plus malin que lord Meron. Le temps que Sebell arrive aux portes du fort, on ne laissait plus entrer ni sortir personne. Les brilleurs illuminaient les cours vides et chaque fenêtre du fort était éclairée. Sebell regarda avec les autres curieux rassemblés tandis que même les dépôts de cendre et d’ordures étaient fouillés. On pariait sur le fait que Kaljan le mineur avait réussi à voler l’œuf.

Il était présent lorsque le maître de mine fut escorté par la garde à l’intérieur du fort, après que ses bagages eussent été fouillés de fond en comble. L’ordre fut donné, et on posta des gardes supplémentaires, de ne laisser personne quitter le rassemblement.

Sebell se plaça le long du parapet de la rampe qui menait au fort, là où Piemur pourrait facilement le repérer dans la lumière des brilleurs. Il ne faisait aucun doute que si le garçon s’était simplement endormi, le bruit le réveillerait.

Ce ne fut que lorsque le mot passa dans la foule qu’un aide inconnu avait pu s’emparer du précieux œuf que Sebell en arriva à la stupéfiante conclusion que cet aide pouvait être Piemur. Comment il s’était débrouillé pour rentrer dans un fort gardé, cela lui échappait, mais on pouvait faire confiance à Piemur pour trouver un moyen. Cela lui ressemblait bien de voler un œuf de lézard-de-feu, s’il en avait l’occasion. Et en plus un œuf de reine ! Piemur ne faisait jamais les choses à moitié. Sebell rit intérieurement et envoya Kimi voler avec les autres lézards-de-feu qui s’agitaient afin de voir si elle pourrait découvrir l’endroit où se cachait Piemur.

Elle revint et rapporta qu’elle ne pouvait s’approcher de Piemur. Il faisait trop sombre et c’était encombré. Lorsque Sebell lui demanda des détails, sa détresse s’accrût et elle renvoya une image d’obscurité et de son incapacité à atteindre le garçon.

Les recherches devinrent de plus en plus frénétiques. Des gardes furent envoyés sur des montures rapides sur chacune des routes qui partaient du fort à la recherche de tous les voyageurs qui quittaient le rassemblement. Sebell envoya Kimi dans la vallée afin de prévenir N’ton au cas où le chevalier-bronze les attendrait. Quand Tris revint avec elle, Sebell sut que son avertissement avait été donné à temps. Tris le salua de quelques pépiements et s’installa aux côtés de Kimi, lui donnant ainsi la possibilité de renvoyer le lézard-de-feu chercher N’ton en cas de besoin.

Les deux lunes s’étaient levées désormais, ajoutant leur douce lumière à celle des brilleurs, mais bien que les gardes eussent fouillé et refouillé sans relâche le moindre recoin du fort et des cours, leurs efforts restaient vains. Enchanté par le talent dont Piemur faisait preuve pour échapper aux recherches, Sebell s’installa pour attendre toute la nuit dans un recoin sombre du premier bâtiment au bas de la rampe. Il avait une bonne vue des gardes et, en regardant prudemment par-dessus le mur, il pouvait observer la plus grande partie de la cour.

Il fut tiré de sa somnolence par des cris et des marmonnements de colère quand les gardes poussèrent sans ménagement ceux qui traînaient le long des portes vers l’aire du rassemblement.

— Allez maintenant, disaient les gardes. Retournez à vos habitations et à vos stands. Vous pourrez partir demain matin. Ça ne sert à rien de traîner ici. Allez, fichez le camp !

Les lunes s’étaient couchées et les brilleurs qui avaient illuminé la cour étaient éteints, eux aussi. Le fort était virtuellement sans gardes et sans lumière. Était-ce une sorte de piège tendu à Piemur ? Ou bien Sebell devrait-il saisir cette chance d’aller rôder dans le fort ? Kimi agita les ailes en signe d’alarme, et ses yeux jaunes brillaient d’inquiétude derrière leurs fentes étroites. Tris aussi s’agitait nerveusement.

Sebell capta alors l’image de dragons dans l’esprit de Kimi ; et de dragons inconnus des deux lézards, en plus ! Au moment où l’image s’effaçait de son esprit, Sebell entendit un bruit d’ailes de dragon. Glissant des ombres au nord de la falaise du fort, il vit les formes massives de quatre dragons, ailes contre ailes. Deux atterrirent impeccablement dans la cour des cuisines, pendant que l’autre paire se posait dans la cour principale. Il entendit des commandes étouffées suivies d’un brouhaha de murmures inhabituels. Des grognements et des jurons ponctuaient cette activité. Il envisageait de sortir de l’ombre protectrice afin d’avoir une meilleure vue lorsqu’il entendit un grognement profond, un raclement de serres sur la pierre sur lequel on ne pouvait se tromper, et le souffle tout aussi identifiable d’ailes puissantes qui battaient l’air avec force.

Dans la bande de lumière de la cour des cuisines, il vit le ventre d’un dragon bronze lourdement chargé qui luttait pour décoller, les flancs bourrés à craquer. À peine le premier s’était-il envolé que le second dragon prit son envol dans le ciel. Les deux qui étaient dans la cour principale se déplacèrent dans celle des cuisines. Il s’ensuivit une recrudescence d’activité, à coups de murmures rauques et d’ordres à voix basse.

Pendant tout ce temps, Kimi et Tris frissonnèrent, se cramponnant à Sebell d’une manière telle qu’ils n’en avaient jamais montrée en présence d’autres dragons.

Il n’eut pas besoin de faire de gros efforts pour conclure qu’il venait d’être témoin d’une livraison de lord Meron aux Anciens du weyr Méridional. Cet œuf de reine lézard-de-feu était probablement une avance pour ce que les dragons avaient emporté, quoi que ce fût.

Il entendit un bruit de voix étouffées qui venait du rassemblement, et il fila de nouveau vers son coin d’ombre, avertissant les deux lézards-de-feu de fermer leurs yeux pendant qu’il se couvrait le visage et les mains.

Après quelques raclements de bottes et de phrases murmurées, le silence revint. Levant prudemment la tête, il vit que les gardes avaient repris leurs places et que les brilleurs étaient à nouveau allumés sur la rampe et les murs, illuminant les routes qui montaient au fort. Il était pris au piège de ce coin d’ombre. Il n’osait pas non plus envoyer Kimi ou Tris, de peur que leur vol ne fût remarqué car il n’y avait aucun autre lézard-de-feu en vue. Avec un soupir, il s’installa le plus confortablement possible, Kimi enroulée chaleureusement autour de ses épaules et Tris blotti à son côté.

Il ne devait pas avoir dormi très longtemps lorsqu’il fut réveillé par le grondement des tambours à message. « Urgence destination Guérisseur ! Lord Meron très malade. Maître harpiste requis. Urgent ! Urgent ! Urgent ! »

Avaient-ils attrapé Piemur et, l’ayant reconnu, requéraient-ils la présence de maître Robinton pour qu’il rende compte de la faute de l’un de ses apprentis ? Rien ne ferait plus plaisir à lord Meron que de pouvoir humilier maître Robinton, car tout blâme du maître harpiste rejaillirait sur les chefs du weyr de Benden, que lord Meron haïssait. Eh bien, si c’était le cas, cela signifiait au moins qu’on avait retrouvé Piemur. Sebell était certain que maître Robinton pourrait se défendre contre les accusations de lord Meron. Cependant, pourquoi la présence de maître Oldive était-elle requise avec tant d’insistance ? Aucun fort n’utiliserait cette mesure en l’absence d’une véritable urgence.

Les lézards-de-feu du fort avaient été réveillés par le bruit des énormes tambours à message et tournoyaient maintenant dans la lumière des brilleurs. Sebell détacha la queue de Kimi de son cou, et tenant son corps mince dans ses mains, il lui enjoignit de le regarder pendant qu’il lui donnait des instructions pour Menolly. Il concentra ses pensées sur des vêtements propres et sur une image de lui en habit bleu de harpiste. Kimi pépia en signe de compréhension et, après lui avoir doucement heurté la joue de sa tête, elle s’envola. Tris pépia sur un ton interrogateur, tirant sur la manche de Sebell. N’ton serait un allié précieux mais le chef du weyr de Le Fort n’avait rien à faire ici puisque Nabol dépendait de T’bor du weyr des Hautes Terres. Sebell plongea donc son regard dans les yeux tournoyant de Tris, pensa fortement que N’ton n’avait pas besoin de revenir dans la vallée, et renvoya le petit brun à son ami au weyr de Le Fort.

Le tambour répéta son message, insistant à nouveau sur son urgence. Sebell tendit l’oreille pour entendre la réponse des tambours du relais le plus proche, mais une poignée de gardes descendit rapidement la route du rassemblement et le bruit de leurs pas recouvrit les sons lointains.

L’aube se levait quand, scrutant le ciel qui s’éclaircissait, Sebell vit émerger un dragon. Comme la créature descendait gracieusement en faisant des cercles, il fut rassuré de constater la présence de quatre cavaliers. Il était perplexe car leur trajectoire en spirale n’aboutissait pas dans la cour du fort, où ils auraient logiquement dû atterrir. Kimi apparut soudain au-dessus de lui, piaillant d’excitation et piquant vers l’aire du rassemblement. Son esprit envoyait l’image de Menolly. Comme Sebell ne se déplaçait pas assez vite à son goût, elle vint au-dessus de son épaule, tira sur sa tunique sale, et repartit de plus belle vers le pré.

Comments

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Alice
Great book, nicely written and thank you BooksVooks for uploading

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